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Le Sheik - Notre cinquième inédit de Howard!

Article de Patrice Louinet
Posté le dim. 30 mars 2014 à 14H42 (Edité par Patrice Louinet le dim. 30 mars 2014 à 15H45)
Nous poursuivons donc notre intégrale des récits parus dans The Tattler, avec, cette fois-ci, la parodie intitulée "The Sheik", qui parut dans le numéro du 15 mars 1923, Howard ayant donc 17 ans.
La parodie vise ici le roman de E.M. Hull
The Sheik (1919) (dont Howard décrit la couverture) et/ou sa célèbre adaptation au cinéma avec Rudolph Valentino (1922). Avant de bien savourer le texte de Two-Gun-Bob, il est indispensable de connaître un minimum le récit et les controverses qu'il souleva à l'époque. Je vous renvoie donc vers la page wiki de l'ouvrage... C'est dans ce texte que, à mon sens, on sent les premières ébauches de l'humour à la sauce howardienne tel qu'on le trouvera plus tard notamment dans les Steve Costigan et les Breckinridge Elkins... Enjoy!

- - - - - - -

Le Sheik

Introduction
L’autre jour, je me retrouve sans trop savoir comment dans une librairie. Je ne suis, comme qui dirait, pas très familier de ce genre d'endroit... L’employée s’approche et me demande :
– Que puis-je faire pour vous, jeune homme ?
– Madame, vous pouvez me refiler le dernier numéro de l’Implacable Rupert, le Vengeur Sanguinaire des Caraïbes.
La fille me toise de haut en bas, genre dédaigneuse.
– Nous n’avons pas ce genre de choses grossières en rayon. Pourquoi ne liriez-vous pas plutôt quelque chose de romantique et d’édifiant ? Je vous suggère Le Sheik. C’est un roman qui a beaucoup de succès.
– Vraiment ? dis-je.
– Un dollar cinquante, répond-elle.
Je lui file le blé et je calte. La photo d’un Oriental sur un canasson traversant la prairie au galop orne la couverture du livre. J’ai lu il y bien longtemps un bouquin intitulé Huloo Himalaya, l’Horrible Hindou, qui avait également un gentleman oriental comme personnage principal, et je me dis que celui-là était peut-être dans le même style.
Raté.
Ce sheik est en fait champion de boxe d’Afrique, catégorie poids-lourds. Un type plus courageux que la moyenne parce qu’il kidnappe une gonzesse que tous les autres fuient en courant. Mais pas lui ! Un pur homme des cavernes, un homme des bois, un vrai de vrai, vous voyez le genre ? Et la poupée, elle tombe amoureuse de lui à cause de ça. Et évidemment ils se marient et vivent heureux à jamais.
– Eh bien, dis-je pensivement tout en jetant le livre dans le four, me voilà dévalisé d’un dollar cinquante, et certes, c’était une histoire d’amour édifiante et bien romantique, mais il n’y a rien de vrai là-dedans. Rien d’authentique. Aucun rapport avec la vraie vie. Moi, je vais écrire un livre qui sera vraiment authentique. Les gens ont besoin de voir et de savoir la vérité. C’est mon devoir.
Par conséquent...

Chapitre 1
Le désert.

Le fracas de sabots ! Des cris tonitruants. Des cris orientaux !
Venus Hareng fuyait à travers le désert. Elle se retourna. Un grand et bel Arabe monté sur une splendide mule était lancé à sa poursuite ! Elle talonna les flancs de son bourricot, rendue plus frénétique encore par le cri de guerre barbare de l’Arabe : « Ha-ya, Ore-oh coo-ki !
Elle se retourna sur sa selle et fit feu une première fois avec son fusil à double-canon. Raté ! Elle tira la seconde balle. Encore raté ! Horreur ! Elle qui était d’ordinaire capable de toucher une grange à trois pas sans aucun souci ! Comment se faisait-il qu’elle soit incapable de toucher cet Arabe ?
Alors que l’Oriental arrivait à sa hauteur, elle fit décrire un moulinet à son arme, essayant de le toucher avec la crosse, mais celui-ci était coiffé d’un couvre chef en soie en forme de tuyau de poêle, et l’arme rebondit sans causer de dégâts.
L’instant d’après, il l’avait frappée à la tête avec le manche de sa lance. Elle bascula du canasson, et il en profita pour la saisir et la passer en travers de sa selle. Elle se débattit et hurla, mais il s’enfuit au galop.
– Ne bouge plus, petite idiote ! s’écria-t-il en lui écrasant violemment le nez sur le pommeau de selle.

Chapitre 2
À l’intérieur de la tente du sheik.

– Je suis le sheik Ahmed ! annonça l’Arabe tout en jetant Venus dans un coin.
– De combien, le chèque ? demanda-t-elle, d’une voix fluette.
– Va pas commencer à te la ramener, poupée. Je suis le sheik Ahmed ben Ahmed ben Youlahoop, dit-il, la prenant par les cheveux et la traînant sur toute la tente. Je t’aime ! Tu seras mienne ! (Sur ce, il la projeta violemment au sol et lui décocha de joyeux coups de pied en travers du visage.) Embrasse-moi, chérie, lui ordonna-t-il passionnément (tout en lui massant délicatement le visage à coups de poings américains en laiton.)
– Jamais, vil gredin ! s’exclama-t-elle en retour et en lui jetant une table.
– Ahah, tu en rêves, n’est-ce pas ? en esquivant et la maudissant. De toute évidence, tu ne sais pas qui je suis !
Sur ce, il l’attrapa par le cou et saisit une cravache.

Chapitre 3
À l’intérieur et à l’extérieur de la tente du sheik.

Venus Hareng bâilla et tendit la main pour prendre un nouveau bonbon. Depuis combien de temps déjà se trouvait-elle dans le village du sheik ? Trois semaines ! Dieu et les petits poissons ! Et pas un seul film au cinéma pendant tout ce temps !
Provenant de l’extérieur, elle entendait les féroces et sauvages guerriers du désert du sheik, occupés à quelque jeu. Elle entendit le cliquetis des dominos et des voix :
– Un sept, il me faut un sept !
– Phébé, je t’en supplie, sauve mes bijoux de famille !
– Tu es bourré !
– Allez, jette les dés, fais les rouler !
Elle se redressa et avança jusqu’à la porte de la tente. Juste au dehors, le sheik jouait aux billes avec le Français, Gaston (prononcer Gass-tonne.)
Le sheik fronça les sourcils en l’apercevant.
– Tu rentres dans cette tente et dare-dare, lui ordonna-t-il. Le soleil va abimer ton teint de pêche, et pas question que je galope cinquante miles pour aller te cherche une nouvelle [mot manquant] de sitôt.
– Gredin ! s’exclama-t-elle, retournant à l’intérieur juste à temps pour éviter la selle qu’il venait de lui jeter.

Chapitre 4
À l’intérieur et à l’extérieur de la tente du sheik.

Venus regarda à l’extérieur de la tente. Le sheik faisait les cent pas devant celle-ci et parlait tout haut.
– Je prends Racine, disait-il. Je baye aux Corneille, et si je Boileau de La Fontaine, on va encore en faire toute une Montaigne1.
Il entra dans la tente, de fort bonne humeur. Il avait joué régulièrement avec Gaston et avait gagné dix-huit calots. Puis il avait disputé des parties de jeu de puce avec le sultan de Turquie et l’avait battu quarante-sept fois d’affilée. Il fronça cependant les sourcils en regardant Venus.
– Je suis las de toi, annonça-t-il. Je vais te renvoyer en Angleterre.
– Ahmed ! s’écria-t-elle. Voyons, tu ne ferais pas cela ?
– Et pourquoi pas ? demanda-t-il, sans émotion.
– Je t’en supplie, l’implora-t-elle.
– Tu m’agaces, répondit-il en la frappant à coups de chaise.
Elle alla à la porte.
– Gaston, venez ici !
– Certainement, mademoiselle, mais pourquoi ? s’enquit ce dernier.
– Pour arbitrer, répondit-elle, avant de se retourner et de décocher un coup de poing sur la mâchoire du sheik.
Celui-ci esquiva et le punch du gauche qu’il lui assena envoya bouler la jeune fille de l’autre côté de la tente. Elle se redressa, chargea et repoussa le sheik avec un uppercut du droit qu’elle fit suivre d’un crochet du gauche et d’un coup à la tête.
Au même instant, Gaston frappa le gong.

Deuxième round.
Venus mène la danse avec son poing droit.
Le sheik riposta, mais Venus esquiva son swing du droit et frappa des deux poings en quasi-simultané. Les deux adversaires se retrouvèrent au corps-à-corps. Venus martela la nuque du sheik jusqu’à ce qu’il s’évanouisse. Au compte de « Huit ! », il se redressa et termina le round sur la défensive.
Le gong !

Troisième round.
Venus frappa avec le poing gauche. Le sheik fit un pas de côté pour esquiver et envoya Venus au tapis d’un uppercut du gauche. Elle se releva à « Sept ! » et se jeta sur son adversaire. Il se dégagea et ils échangèrent des coups jusqu’à la sonnerie du gong.

Quatrième round.
Le sheik prend l’avantage grâce à son poing gauche.
Venus esquiva et lança un crochet du gauche (qui devait résulter en un bel œil au beurre noir). Le sheik fit littéralement décoller Venus d’un coup ayant toute la puissance d’un marteau-pilon. Alors qu’elle redescendait vers le sol, elle frappa à son tour et il en tituba. Avant qu’il puisse se remettre, elle lui décocha un coup à la mâchoire qui l’étala pour le compte.
– Ah, mam’selle, s’exclama Gaston, j’ai grand plaisir à vous décerner cette ceinture le titre de championne du désert du Sahara qu’elle symbolise.
– Le plaisir est surtout le mien, répondit-elle. À présent, casse-toi !
Le sheik ouvrit les yeux, aperçut Venus, et courut se réfugier au sommet du mât de la tente.
– Fais donc preuve de sagesse et sois gentille, supplia-t-il.
– Descends de là, lui ordonna-t-elle, le faisant tomber de son perchoir à coups de table.
[Sans doute une ligne manquante ici]
– Et tu ne me chasseras pas ? demanda-t-elle, passant tendrement ses doigts dans la chevelure du sheik tout en brandissant d’un geste menaçant un rouleau à pâtisserie.
– Non, chérie, répondit-il.
– Mon héros ! s’exclama-t-elle. Mon amoureux du désert !

1

le texte VO contient des jeux de mots (vaseux) similaires sur les poètes Burns, Browning, Longfellow, Bacon et Wordsworth. (NdT)


 
Réponse postée le dim. 30 mars 2014 à 22H22 #1103
Le Vidéophage Membre Avatar Le Vidéophage

Merci Patrice, tu as égaillé mon dimanche au boulot ! Par curiosité, on peut trouver les VO dans quel(s) volume(s) de la Fondation?

« C'est en forgeant qu'on devient vachement fatigué » proverbe aquilonien

Réponse postée le lun. 31 mars 2014 à 00H30 #1104
Argentium Thri'ile Webmaster Avatar Argentium Thri'ile

Pour ce qui est des volumes publiés par la Fondation, on peut trouver ce texte dans deux ouvrages :

  • Sentiment: an Olio of Rarer Works (publié directement par la Fondation, il est limité à 200 exemplaires et donc peut-être en rupture)
  • School days in the Post Oaks (publié par le biais de Lulu.com, il est plus largement accessible)

Il a aussi été publié dans "West is West & Others", lui aussi chez Lulu.com par Rob Roehm - et donc pas par la Fondation.

Réponse postée le lun. 31 mars 2014 à 00H46 #1105
Patrice Louinet Administrateur Avatar Patrice Louinet

Deux ouvrages que je recommande.
J'ai fait ma trad directement à partir d'un scan du Tattler du 15 Mars 1923.

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