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L'Espoir Doré de Noël - Texte Inédit de REH!

Article de Patrice Louinet
Posté le mar. 22 oct. 2013 à 17H18 (Edité par Patrice Louinet le mer. 23 oct. 2013 à 00H38)

Des mails incendiaires, des propositions douteuses, des lettres de menace... Comment aurions-nous pu un seul instant prévoir votre réaction après vous avoir fait découvrir "West is West" / "Le Far West, c'est le Far West" il y a quelques jours.
Sous la pression populaire, nous avons dû céder. Voici donc, à votre demande acharnée, l'autre texte, le premier (ex-aequo avec « Le Far West, c’est le Far West ») texte publié de Howard, et qui lui valut une médaille d’or.
Rappelez-vous que c’est vous qui l’avez demandé, que sous la sirupeuse guimauve de Noël se cachent quelques thèmes howardiens, et pardonnez-donc Howard d’avoir seize ans au moment où il écrit ce texte...

Pour rappel :

Le 22 décembre 1922, le journal local, le Brownwood Bulletin, annonce que Howard a deux textes dans le dernier numéro du Tattler, et qu'il se destine à devenir journaliste. Certes. Cela ne devait pas durer bien longtemps...
Ces deux textes, "West is West" et "'Golden Hope' Christmas" (The Tattler, 22 décembre 1922) obtinrent, respectivement, la médaille de bronze et la médaille d'or. Il s'agissait là des deux premières nouvelles de Howard paraissant en magazine. Deux nouvelles qui étaient en fait des versions retravaillées de travaux scolaires (qui ont survécu!)

L’Espoir Doré de Noël.
Par Robert E. Howard.
(Traduit par Patrice Louinet)

Chapitre 1

Red Ghallinan était un bandit armé. Sans doute pas le genre de métier dont on se vante d’ordinaire, mais Red en était fier. Fier de son talent avec une arme à feu, fier des encoches sur les longs canons bleutés de ses lourds Colts .45. Red était un individu de taille moyenne et au corps sec. Sa bouche était cruelle, ses lèvres émaciées, ses yeux fuyants et rapprochés. Il avait les jambes arquées à force de passer son temps en selle et, avec sa démarche chaloupée et son visage dur, il était d’aspect peu engageant. Le cerveau et l’âme de Red étaient tout aussi déformés que son apparence extérieure. En raison de sa sinistre réputation, on évitait de l’offenser, mais cette réputation coupait également court à toute interaction humaine. Personne, qu’il soit bon ou mauvais, ne souhaite devenir l’ami d’un tueur. Même les hors-la-loi le haïssaient, le craignant trop pour l’admettre au sein de leurs gangs. Il était donc un loup solitaire, mais on a parfois plus à craindre du loup solitaire que de la meute.
N’allons pas pour autant trop blâmer Red. Il était né et avait grandi dans un environnement maléfique. Son père, et le père de son père, avaient été des voleurs de bétail, des bandits prompts à se servir de leurs armes. Jusqu’à l’âge adulte, Red n’avait rien connu d’autre. Le crime était la seule façon de gagner décemment sa vie qu’il ait jamais connu. Lorsqu’il apprit enfin qu’on pouvait vivre correctement sans enfreindre la loi, il était si habitué à son mode de vie qu’il était trop tard pour changer. Ce n’était donc pas entièrement de sa faute s’il était devenu un homme de main, mais celle de ces politiciens et propriétaires de mine sans scrupules qui louaient ses services afin de se débarrasser de leurs ennemis. Car c’était ainsi que Red gagnait sa vie. C’était un pistolero né. L’instinct du tueur brûlait tout au fond de lui... l’héritage de Caïn. Il n’avait jamais rencontré celui qui pouvait dégainer ou tirer aussi vite que lui. Ces qualités, associées à son sang-froid et au courage téméraire qui est l’apanage des gens roux, suffisaient à lui assurer d’être toujours sollicité par de riches individus ayant des ennemis. C’est ainsi qu’il se lança en affaire et qu’il fut très prisé.
Mais la justice commença à s’organiser en Idaho, et c’est le cœur empli de rage que Red vit les premisses de ce qui l’avait contraint à fuir le Texas quelques années auparavant : l’organisation d’une milice des citoyens. Red eut de plus en plus de mal à remplir ses missions, ne pouvant désormais tuer que lorsqu’il était absolument certain de faire passer le meurtre pour de la légitime défense.
Arriva le jour où Red se retrouva acculé. Soit il quittait la région, soit il se mettait au travail. Il se rendit donc à la cabane d’un mineur et annonça qu’il avait l’intention d’acheter la concession. Le mineur, après un regard rapide et nerveux sur les armes de Red, vendit son bien pour cinquante dollars, signa le papier, et quitta précipitamment la région.
Red travailla à la concession pendant quelques jours avant de tout lâcher, profondément dégoûté et n’ayant pas extrait la moindre once d’or. Ceci était dû en partie à son peu de goût pour le travail, en partie à son ignorance de la façon dont on exploite les placers, mais surtout en raison de la pauvreté même de la concession.
Il se tenait devant la porte du saloon de la petite ville minière lorsque la diligence s’approcha et qu’en descendit un jeune homme, bien bâti et à l’allure franche. Red le détesta instinctivement sur-le-champ. Parce qu’il était propre sur lui et avait un visage plaisant, respirant la sincérité. Parce qu’il était tout ce que Red n’était pas.
Le nouveau-venu était très amical et bien vite tout le monde en ville savait tout de sa vie. Il s’appelait Hal Sharon, était un pied-tendre originaire de l’est et était venu en Idaho avec grand espoir d’y trouver le filon d’or, afin de rentrer chez lui en étant devenu riche. Il y avait bien évidemment une demoiselle dans l’histoire, même si Hal n’était guère bavard à son sujet. Il disposait de quelques centaines de dollars et voulait acheter une bonne concession. Entendant cela, l’intérêt de Red pour le jeune homme se raviva.
Red lui offrit quelques tournées et vanta les mérites de sa concession. Sharon se révéla particulièrement confiant, ne demandant même pas pas à la voir de ses yeux, se contentant de croire Red sur parole. Une confiance qui aurait touché tout individu moins endurci que Red.
Un ou deux hommes, que l’arnaque de Red faisait sortir de leurs gonds, tentèrent de prévenir Hal, mais un regard glacial de ce dernier leur fit changer d’avis. Hal déboursa cinq cents dollars pour acheter la concession.
Il travailla d’arrache-pied tout l’automne et le début de l’hiver, réussissant tout juste à tirer de quoi s’acheter des vêtements et de la nourriture. Pendant ce temps, Red restait en ville, et se moquait des efforts que fournissait Hal sans jamais se plaindre.
Noël approchait. Les uns après les autres, les mineurs des environs cessaient le travail et venaient vivre en ville jusqu’au printemps, le temps que la neige ait fondu et que le sol soit redevenu malléable. Seul Hal Sharon resta dans sa concession, peinant dans le froid et la neige, poussé par l’aiguillon de la richesse... et de la jeune fille.
Un peu plus de trois semaines avant Noël, par une nuit glaciale, Red Ghallinan s’assit près du poêle du saloon, à écouter le blizzard qui rugissait au dehors. Il songea à Sharon qui, à n’en pas douter, devait grelotter de froid dans sa cabane sur la colline, et il eut un reniflement de mépris. Il écouta paresseusement les mineurs et les cow-boys parler des festivités à venir, de danses, et ainsi de suite.
La période de Noël n’avait aucune signification particulière pour Red. Pourtant, le seul moment véritablement heureux de son existence s’était produit à Noël, des années auparavant. Red était alors un gamin des rues, habillé de guenilles et frissonnant dans les rues recouvertes de neige de Kansas City.
Passant devant une grande église, il était entré, attiré par la chaleur qui émanait du lieu. Les fidèles y avaient chanté « Il est né le divin enfant », et lorsque la congrégation était sortie, une vieille femme aux cheveux blancs avait vu le garçon. Elle l’avait conduit dans sa maison, où elle l’avait nourri et lui avait donné des vêtements en état. Red avait vécu chez elle, comme s’il était de sa famille, jusqu’au printemps. Mais quand les oies sauvages avaient commencé à voler vers le nord et les arbres à bourgeonner, l’impérieux besoin d’errance du jeune garçon avait reprit le dessus. Il s’était enfui et était revenu vers les prairies de son Texas natal. Cela s’était passé il y avait des années et Red ne pensait plus jamais à cet épisode de sa vie.
La porte du saloon s’ouvrit d’un coup et une silhouette emmitouflée de fourrure s’avança. C’était Sharon, mains enfoncées dans les poches. Red fut debout en un instant, prêt à dégainer. Mais Hal ne parut même pas le remarquer, approchant jusqu’au bar.
– Les gars, dit-il, quand j’ai appelé ma concession « l’Espoir Doré », je n’imaginais pas à quel point ça serait prémonitoire ! Je suis riche !
Et là-dessus, il sortit les mains de ses poches et laissa tomber sur le comptoir deux pleines poignées de pépites et de poudre d’or.

Le soir du Réveillon, Red était à la porte d’un restaurant, occupé à regarder Sharon descendre la pente tout en sifflant joyeusement. Il pouvait bien se permettre d’être joyeux. Il avait déjà douze mille dollars à son actif, et il n’était pas encore arrivé à la moitié de sa concession. Red le considéra, les yeux brûlants de rage. Depuis cette nuit où Sharon avait jeté son or sur le comptoir, sa haine n’avait fait que croître. La richesse de Hal était comme une insulte jetée à sa face. N’avait-il pas travaillé comme un esclave sur cette concession sans pourvoir en tirer quoi que ce soit ? Et voilà que cet étranger arrive et devient riche en exploitant cette même concession ! Des milliers de dollars pour lui, contre une misérable compensation de cinq cents pour Red. Ce fait prit des proportions monstrueuses dans l’esprit déformé par la haine de Red, devenant un véritable outrage. Il haït Sharon comme jamais il avait haï quelqu’un. Poussant un juron, il porta la main à son arme pour tirer lorsqu’une pensée l’interrompit dans son geste. La milice ! Ils l’arrêteraient s’il tuait Sharon devant tout le monde. Une lueur perfide passa dans ses yeux. Il se détourna et s’éloigna vers la pension de famille où il résidait.

Hal Sharon entra dans le saloon.
– Tu as vu Ghallinan récemment ? demanda-t-il.
Le barman secoua lentement la tête. Hal jeta négligemment une bourse de cuir sur le comptoir.
– Donne-lui ça la prochaine fois que tu le verras. Il y a pour environ mille dollars de poudre d’or là-dedans.
Le barman poussa un hoquet de surprise.
– Quoi ? Tu donnes ça à Red alors qu’il a essayé de t’arnaquer ? Et ton argent ne risque rien. Il n’y a pas un gars ici qui oserait toucher quoi que ce soit appartenant à ce tueur. Mais, pourquoi...
– Eh bien, répondit Hal. Je pense qu’il n’a pas eu assez d’argent en échange de sa concession. Il me l’a vendue pour une bouchée de pain, pour ainsi dire. Et, de toute façon, c’est Noël, conclut-il en riant par-dessus son épaule.

Chapitre 2

Le matin dans les montagnes. Les cimes se parèrent d’un rose délicat. Les étoiles pâlirent alors que l’obscurité se faisait grisaille. Lumière sur les sommets, ombres persistantes dans les vallées, comme si le pinceau du Maître avait simplement effleuré la contrée, ne déposant ses couleurs que sur les endroits les plus élevés, les plus proches de Lui. Puis les légions de lumière envahirent lentement les vallées, chassant les ténèbres devant elles ; la luminosité sur les cimes se fit plus vibrante, la neige commença à réverbérer l'éclat du jour. Le soleil ne s’était pas encore levé. Le Roi avait envoyé ses courriers en avant-garde, mais il n’était pas encore apparu en personne.
Dans une certaine vallée, un serpentin de fumée s’éleva en volutes depuis la cheminée d’une cabane de bois grossièrement bâtie. Dans les hauteurs de la colline, un homme poussa un grognement de satisfaction. L’homme était dans un petit dénivelé, d’où il avait dégagé la neige chassée. Depuis les prémisses de l’aube, il était allongé là, scrutant la cabane. Un lourd fusil était posé sous son bras.
Dans la vallée, la porte de la cabane s’ouvrit et un homme sortit. L’homme qu’il était venu tuer.
Hal Sharon leva les bras au ciel et rit au vent, tout à sa joie de vivre. Dans les hauteurs, Red Ghallinan l’avait dans le viseur de son fusil Sharpe .50, remarquant pour la première fois combien le jeune homme était magnifiquement découpé. Grand, fort, beau, et des joues qui respiraient la santé.
Red n’appréciait pas le moment comme il l’aurait cru. Il secoua les épaules impatiemment. Son doigt se referma sur la détente. Et soudain, Hal se mit à chanter, et les paroles montèrent aux oreilles de Red.
« Il est né le divin enfant... »
Où avait-il déjà entendu cette chanson ? Soudain, une brume voila le regard de Red Ghallinan. Il laissa le fusil glisser de ses doigts sans s’en rendre compte. Il passa une main en travers de ses yeux et regarda vers l’est. Là, dans le ciel, brillait une unique étoile, et face à lui, surgissant par-dessus un haut sommet, jaillit le grand soleil.
– Mon Dieu ! hoqueta Red. Voyons... c’est Noël !


 
Réponse postée le mar. 22 oct. 2013 à 23H16 #318
Thierry Membre Avatar Thierry

"Il Ă©tait donc un loup solitaire, mais on a parfois plus Ă  craindre du loup solitaire que de la meute."
Décidément, même à 16 ans, Howard avait du talent !
Merci beaucoup Patrice pour cette pépite !

Réponse postée le ven. 25 oct. 2013 à 13H01 #330
Asavar Membre Avatar Asavar

J'aime beaucoup Ă©galement.
Merci Patrice.

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